Info postée le 19-08-2008 à 22:28
Depuis l’arrivée de la TNT et surtout l’internet, l’audience de la télévision « classique » sur un écran « classique » est en baisse.
L’objectif des 30% d’audience pour TF1 est abandonné. Le départ de l’ancienne équipe Le Lay-Mougeotte a fortement perturbé la tête de la chaîne. Patrick Le Lay, même si l’on pouvait ne pas apprécier le personnage, était un dirigeant à poigne de fer mais qui savait s’adapter quand il le fallait et il a su s’appuyer sur Etienne Mougeotte, un magicien de l’audience, connaissant sur le bout des doigts tout de la télévision. Dès qu’un programme ne fonctionnait pas, il savait soit le supprimer mais surtout le modifier pour qu’il puisse gagner. Voir par exemple la StarAc qui, les premières semaines, avait une audience médiocre.
Il n’est pas certain que leur remplaçant, Nonce Paolini, sache enrayer la baisse de l’audience. Depuis son arrivée, il s’est débarrassé de l’ancienne équipe. Cela ne semble pas réussir à TF1. 26.5% d’audience pour la semaine du 11 au 17 aout. Même si les Jeux Olympiques profitent à France Télévisions, l’audience de juillet n’est pas bonne non plus avec 27.1%, il est vrai qu’il y avait alors le Tour de France toujours sur France Télévisions. La chaîne subit la montée en puissance de la TNT mais ce n’est pas tout. Elle ne sait plus, semble-t-il, créer des
programmes fédérateurs. Ses derniers succès, mitigés comme Secret Story, ont été créés par l’ancienne équipe.
Pour M6, c’est la cata ! Elle n’est plus, comme le titre le JDD, la petite chaîne qui monte mais celle qui descend. L’audience est en berne avec 9.2% pour la semaine du 11 au 17 aout, 10.9% en juillet. L’arrivée de Bibiane Godefroid à la tête des programmes en décembre 2006 n’a pas eu le succès espéré. Audience en baisse, accès prime-time où se succèdent les échecs, les programmes gagnants comme la Nouvelle Star en baisse. La coupe du Monde de Football a apporté une éclaircie en fin de saison les téléspectateurs sont repartis en grande partie. Tout comme TF1, elle subit la montée en puissance de la TNT mais elle y est plus sensible. Les programmes des nouvelles chaînes sont proches de ceux de M6. Ils visent particulièrement les jeunes, sa cible principale.
Seul point positif, le groupe a pour objectif principal la rentabilité et elle est toujours là. Pour combien de temps ?
France Télévisions passe par un moment de doute. Quel est l’avenir du service public avec la perte de la publicité en soirée pour le début d’année 2009 et toute la journée en 2011 ? Patrick de Carolis semble avoir sauvé sa tête pour quelques mois mais que se passera-t-il après ? Comment compenser la perte de revenu que l’on ne sait d’ailleurs pas quantifier exactement ? Du coté audience, pour l’instant, baisse normale mais pas inquiétante. Les Jeux Olympiques lui sourient avec 19% pour France 2 et 15.9 pour France 3 pour la dernière semaine. Même si certains politiques le contestent, la qualité des programmes est en moyenne bonne.
Canal Plus profite cette semaine de la diffusion des Jeux Olympiques. Comme pour les autres chaînes, elle se doit de proposer des programmes forts. Du coté du sport, la fusion avec TPS n’a pas réellement entrainé de baisse de cout des programmes ni coté cinéma, ni pour le sport. Il y a l’arrivée d’un nouveau concurrent, Orange TV, avec de gros moyens, et les chaînes comme TF1 qui essayent de garder ou récupérer des événements sportifs fédérateurs. Enfin, Canal Plus n’a plus l’exclusivité du cinéma récent. Les jeunes téléchargent beaucoup et regardent leurs films préférés bien avant qu’ils ne passent sur la chaîne cryptée. Et enfin, le prix de la chaîne qui monte sans cesse, risque de peser sur le taux de renouvellement des abonnements.
Du coté TNT, on peut voir que l’audience progresse quand la télévision classique n’a pas de programmes forts à proposer. On voit par exemple, toujours dans le sondage Médiamétrie du 11 au 17 aout, qu’elle est redescendue 10% alors qu’elle avait pu dépasser les 12% les semaines précédentes, les téléspectateurs vont voir les Jeux Olympiques sur France 2 et France 3, ou le Tour de France, ou le Tennis.
Certes, pour les finances des télévisions privées, le bilan reste positif. L’arrêt de la publicité sur le service public est une bonne nouvelle. Encore mieux, les nouvelles dispositions concernant la durée maximum de publicité pour les télévisions « historiques » est un cadeau.
TF1, M6 et Canal Plus vont pouvoir diffuser plus de publicité. Leur régime sera aligné sur celui des petites chaînes.
Un décret va sortir fin septembre, applicable dès octobre. Il permettra de diffuser 216 minutes de publicité (6 par heure en moyenne) par jour au lieu de 144 (9 par heure) jusqu’à présent.
Encore mieux, le volume maximal par heure sera de 12 minutes, non plus calculé sur une heure flottante mais sur heure fixe.
Le téléspectateur devra donc, s’il ne zappe pas, regarder 12 minutes de pub avant le journal et 12 après ! Gain attendu pour les chaînes 135 à 750 millions d’euros. Vont-elles en profiter au maximum ? Suivant l’adage, trop de pub tue la pub et surtout fait fuir le téléspectateur, la modération sera peut-être sagement appliquée mais on peut douter.
Du coté de France Télévisions, en attendant la suppression de la publicité, pas d’augmentation du volume maximum quotidien mais le groupe profitera lui aussi du nouveau mode de calcul.
Donc Jackpot pour les chaînes de télévision et donc un répit pour leurs finances. Mais cela va-il suffire à long terme ?
L’audience, on l’a vu, baisse au profit d’internet et des nouvelles formes de diffusion de l’image. Et plus on est jeune, plus on va voir ailleurs. Les jeunes chatent, lisent leurs mails, regardent les sites de partage d’images style Daily Motion ou You Tube. Sans compter les jeux vidéo et le téléchargement des films et téléfilms. L’audience des chaînes auprès des jeunes, en un an, aurait baissé d’une demi-heure, alors que, comme le dirait la chanson, qu’ils représentent l’avenir de la télévision. Problème !
Alors donc quel avenir pour la télévision classique ?
Elle doit avoir des programmes forts, et ces programmes coutent cher. Mais sans ces programmes, c’est la dégringolade assurée.
Mais aussi elle doit garder une forte crédibilité. On doit avoir confiance dans son média préféré. Sinon, on va voir autre part.
On voit par exemple aux USA, la télévision reste la source d'informations principale des américains.
Selon une étude de Pew Research Center, 52% des sondés regardent régulièrement les journaux télévisés des grandes chaînes nationales. CNN et ses consœurs Fox News, CNBC, etc., en attirent 39%.
Mais l’audience des journaux des chaînes généralistes décline (59% en 2004, 77% en 1993). Celle des chaînes d’infos monte mais pas tant que cela (33% en 2002). Internet a pris une place importante 37% des sondés consultent Internet trois jours ou plus dans la semaine pour s'informer (contre 29% en 2004 et 23% en 2000).
35% des personnes interrogées écoutent les infos à la radio.
34% ont lu un journal la veille du sondage (contre 40% en 2004 ou 58% en 1994).
Le sondage met en valeur l’audience en fonction du profil.
On trouve « Les «traditionalistes», ceux qui sont les plus âgés, ou ceux qui ont un niveau scolaire ou des revenus plus bas que la moyenne. Ils restent en général les plus fidèles à la télévision classique.
Les «intégrateurs» qui sont d'âge moyen et plus diplômés que la moyenne, gardent les anciennes sources d’infos mais s’adaptent aussi aux nouvelles sources.
Enfin les «consommateurs du Net», les plus jeunes, les plus diplômés évitent les grands noms de l'information pour chercher d'autres sources sur Internet.
Pire, les médias classiques perdent de leur crédibilité.
Toutes les chaînes de télévision perdent petit à petit de leur crédibilité. Par exemple, tous ceux qui estiment que ce qui est dit est vrai sur CNN passent de 42% en 1998 à 30% aujourd’hui.
Suivent CBS et son 60 Minutes (29%) et les grandes chaînes nationales (28%).
La presse écrite ne passe pas à coté de la crise. Si le Wall Street Journal est le plus crédible (25%) en 1998, 41% le croyaient sur parole. C’est Internet et les nouveaux sites qui montent en crédibilité.
Dommage que les grands noms des médias n’aient pas su profiter entièrement des nouveaux médias. Il est vrai que la gestion de l’information sur la guerre en Irak a de quoi faire réfléchir sur l’indépendance et la crédibilité de l’information des grands médias.
L'étude menée auprès de 3.615 Américains interrogés par téléphone du 30 avril au 1er juin.
Cette étude est américaine mais en France, il semble que l’on en soit au même plan. C’est lors du 20H que TF1 a généralement la plus grosse audience. C’est d’ailleurs pourquoi il semble si risqué d’avoir changé la tête de ce journal.
Même si il faut savoir évoluer, attention aux grands mouvements trop brusques. En radio, l’ancien patron de RTL, Philippe Labro, avait dit que l’audience était comme un paquebot, il faut la manier doucement. On a vu sur cette radio que quand cet adage n’a pas été suivi, l’audience a fortement baissé. Elle n’est revenue qu’avec des recettes connues « Grosses Têtes » par exemple, accompagnées de petits changements qui ne déroutent pas et qui font rester les anciens auditeurs en en faisant venir de nouveaux. Pas grand-chose à voir entre la grille de RTL d’aujourd’hui par rapport à celle d’il y a dix ans mais les auditeurs ne s’en sont pas rendus compte.
Attention donc à TF1 !
Rédacteur : Serge Surpin
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